L'Auvergne Agricole 26 août 2015 à 08h00 | Par Mélodie Comte

Plus de 250 agriculteurs mobilisés à Ambert

Les agriculteurs d’Ambert se sont mobilisés et ont appelé les élus et le sous-préfet à l’action pour faire remonter aux plus hauts rangs de l’Etat, le désarroi de la profession.

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Une centaine de tracteurs étaient stationnés devant la sous-préfecture d’Ambert et dans les rues attenantes.
Une centaine de tracteurs étaient stationnés devant la sous-préfecture d’Ambert et dans les rues attenantes. - © M. Comte

Après Clermont-Ferrand il y a un mois, c’était au tour d’Ambert le 19 août dernier de voir plusieurs de ses artères principales bloquées. Rassemblés devant les locaux de la sous-préfecture, plus de 250 agriculteurs et une centaine de tracteurs se sont déplacés pour crier leur colère. Des prix non rémunérateurs, des normes de production étouffantes et un profond sentiment de solitude ; voilà ce que les agriculteurs ont dénoncé aux élus de l’arrondissement. L’objectif de la journée s’est voulu plus pédagogique qu’accusateur avec en toile de fond, la survie de l’agriculture mais aussi des territoires ruraux.

 

Plus qu’un problème économique

«Aujourd’hui, nous ne sommes pas venus avec du fumier ou de lisier, d’une part pour ne pas dégrader mais aussi parce que notre message est le suivant : sans nous, nos campagnes deviendront des friches» s’est exprimé David Chauve, secrétaire général de la FNSEA 63. Devant la sous-préfecture et dans les rues attenantes, les agriculteurs ont garé leurs tracteurs chargés de ronces, de branches et de souches. Sur les visages, ni rage, ni colère mais la détermination de se faire entendre. Au-delà de la grogne exprimée depuis le mois de juillet sur la situation financière des exploitations, à Ambert ce jour-là, c’est la voix d’agriculteurs moralement à bout qui s’est fait entendre.

Accompagnés de leurs épouses et époux ainsi que de leurs enfants, ils expliquent avoir beaucoup parlé ces dernières semaines de rémunération de travail et oublié ou caché d’autres réalités. Celles de familles entières dont bien souvent un seul des conjoints fait vivre la famille alors que les deux travaillent. «Il n’y a que dans l’agriculture où l’on voit les familles faire des sacrifices à la fois économiques et affectifs pour s’en sortir. Il n’y a que dans l’agriculture où l’on voit les deux parents travailler mais un seul ramener un salaire parce qu’il travaille à l’extérieur. C’est moralement épuisant ! Et le pire c’est que pour arranger tout ça il suffirait que nos produits soient payés à leur juste valeur». Le discours trouve écho chez les agriculteurs mais est surtout destiné aux élus.

 

Des élus appelés à agir

Les maires et députés ont été invités par les agriculteurs à assister à cette journée dans le but d’écouter et seulement d’écouter. «Nous ne vous avons pas invité pour que vous politisiez la chose» annonce David Chauve. Sur les 58 élus invités de l’arrondissement d’Ambert, une petite vingtaine est présente dont André Chassaigne, député de la 5ème circonscription du Puy-de-Dôme. Attentifs aux discours des responsables syndicaux, nombre d’entre eux semblent prendre acte des demandes des agriculteurs notamment celle de Christian Peyrony, président de la FNSEA 63 : «Prenez vos responsabilités d’élus de terrain et écrivez au Président et à Bruxelles pour faire bouger les choses. Ils doivent savoir comment ça se passe dans nos territoires. Les tas de branches, de ronces c’est l’avenir de vos pays, si vous ne faites rien.» Un message repris par Marion Vedel, présidente des JA 63 qui a clairement demandé aux élus présents : «Voulez-vous encore des agriculteurs dans vos communes, oui ou non ?»

L’environnement dans le débat

Lors de cette manifestation devant la sous-préfecture d’Ambert, les agriculteurs ont également invité les élus à s’imposer dans les décisions de préservations environnementales. «Comment pouvez-vous rester de marbre quand des agents en cravate viennent sur votre territoire, sans vous en informer, ni vous consulter, pour classer en toute discrétion des zones humides ? Ces agissements nous empêchent de travailler et d’être compétitif. Il faut arrêter le «tout environnementaliste». Nous n’avons pas besoin de ces gens, qui ne savent pas dans quel sens se plante un poireau, pour nous dire comment faire notre métier» déclare David Chauve.

Les élus et les badauds l’ont compris, la pression monte chez les agriculteurs et l’entretien avec Jean-Charles Jobart, sous-préfet d’Ambert n’aura pas suffit à faire redescendre la tension. Les tracteurs se sont mis en mouvement pour déverser devant les portes des locaux administratifs branches, ronces et souches : «l’avenir des territoires d’Ambert».

Dans la même journée, les accès aux supermarchés ont été bloqués ainsi que ceux de plusieurs mairies du territoire absentes le matin.

 

Crise agricole - Allons au bout !


L'agriculture traverse actuellement une crise sans précédent. Toutes les productions sont touchées.Plombée par des normes et des réglementations excessives, l'agriculture française n'est pas en mesure de faire face au contexte particulièrement difficile de l'année. En 2015, se conjuguent des problèmes structurels liés à l’inégale répartition des marges, une conjoncture peu porteuse liée à des problèmes géopolitiques et à la volatilité des cours mondiaux, le tout couronné d'une sécheresse.Devant l'urgence de la situation, les réseaux FNSEA et JA se sont mobilisés sur le terrain tout l'été partout en France. La FNSEA 63 a participé à la montée en puissance des actions, d'opérations de sensibilisation (stickage...) à des blocages routiers. L'objectif était que la société prenne conscience de la situation et que, sous cette pression, les pouvoirs publics et les acteurs de la filière réagissent.Après trois mois d'actions sur le terrain et de négociations nationales, force est de constater que les lignes peinent à bouger. Le plan de soutien n'est pas de nature à impacter significativement les trésoreries. Les engagements des tables rondes en restent plus ou moins au stade des intentions. L'aval des filières explique qu'un prix politique n'est pas tenable sur le marché face à la concurrence de nos voisins.La sortie de la crise ne peut donc s'envisager qu'en s'attaquant aux problèmes de fond :• La compétitivité des exploitations grevée par des réglementations fiscale, sociale et environnementale, franco françaises et coûteuses. Au congrès de la FNSEA, en mars, le 1er Ministre s'est engagé à ce que les normes françaises s'alignent sur le standard européen d'ici la fin de l'année. Il est temps de passer aux actes !• La régulation des marchés européens. Les cours actuels sont incompatibles avec l'agriculture européenne. L'Europe doit jouer son rôle et intervenir pour protéger son agriculture.C'est pour porter ces revendications que deux grandes mobilisations sont organisées :A Paris le 3 septembre pour que le gouvernement prenne enfin ses responsabilités et que les élus aillent à Bruxelles la semaine suivante, porter des revendications claires et vitales pour notre avenir.A Bruxelles le 7 septembre pour obtenir la mise en place de mesures de régulation des marchés.Conscients de l'effort que de tels déplacements représentent, nous laissons le choix à chacun de venir, selon ses possibilités à l'un ou l'autre des rendez-vous. Mais à situation exceptionnelle, mobilisation exceptionnelle est demandée car la profession s’est rarement trouvée face à de tels enjeux. Nous nous devons d’aller massivement au bout de nos revendications car personne ne le fera à notre place, soyons en tous conscients. Rappelons-nous des mobilisations d’ampleur de 1982 et 1991 qui font date dans le monde agricole. A nous de faire en sorte que ce double rendez-vous de septembre soit celui que personne n’oubliera. Alors, tous à Paris puis à Bruxelles ! L'ampleur que nous saurons donner à ces rendez-vous dépend de vous !


David Chauve, secrétaire général de la FNSEA 63

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