L'Auvergne Agricole 16 décembre 2015 à 08h00 | Par P. OLIVIERI

Encore «un sérieux coup de pouce nécessaire» sur 2015

Les producteurs attendent un rattrapage sur la fin d'année pour atteindre les 355 EUR/1 000 litres.

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- © Union du Cantal

Il y a bientôt deux ans, la section AOP de la FRSEA Massif central était parvenue, non sans de longues discussions, à obtenir des principaux opérateurs des filières AOP d'Auvergne l'instauration d'un prix du lait AOP relié aux prix de vente de ces appellations et de leurs produits dérivés, en l'occurrence principalement le lactosérum, et, à un moindre niveau, le beurre. Une véritable révolution dans le monde des appellations fromagères auvergnates qui a dû attendre la fin des années 2000 pour voir apparaître le principe d'une plus-value AOP sous la forme d'une CVO (cotisation volontaire obligatoire) bientôt remplacée par une prime AOP appliquée par chaque entreprise.

Cinq ans plus tard, le principe d'un prix véritablement différencié a donc été acté et, poussée par les représentants des producteurs, l'interprofession régionale (Criel) a planché au cours de l'année dernière sur un indicateur spécifique permettant de traduire sur le prix payé aux producteurs la valorisation effective des fromages AOP à l'aval de la filière. Un indicateur resté cependant lettre morte... : «Pour être appliqué, il aurait fallu qu'il soit validé par le Criel puis soumis au Cniel (NDLR : interprofession nationale), explique Michel Lacoste, responsable de la section. Sauf qu'une entreprise incontournable sur la région s'y est opposée...»

Des efforts... encore insuffisants

Cela n'a pas empêché les représentants des producteurs de travailler aux bases d'un indicateur qui «nous permet aujourd'hui d'interpréter les éléments de variation de conjoncture», poursuit le syndicaliste cantalien. Des données qui concluent à une stabilité des prix de commercialisation des appellations fromagères auvergnates sur les neuf premiers mois de l'année 2015 mais qui constatent en revanche une dégradation de la valorisation des coproduits (lactosérum et beurre) avec une baisse de 20 EUR/1 000 litres sur cette pério-de. Au final, estime la FRSEA, ces deux critères conjugués devraient amener à un prix du lait AOP moyen sur l'année 2015 à hauteur de 355 EUR (contre un peu plus de 380 EUR/t. constatés en 2014, année nettement plus favorable pour la filière laitière en général).

Au vu des prix pratiqués par les entreprises - dont certaines sont clairement pointées du doigt par la section AOP - on n'y est pas encore... «Il y a nécessité d'un sérieux coup de pouce», affiche Michel Lacoste, tout en reconnaissant que, malgré le contexte plus que compliqué pour les filières laitières en 2015, les entreprises ont fait des efforts. «Ce rattrapage doit s'opérer soit sous la forme d'une nette revalorisation sur la fiche de paie du lait des derniers mois de l'année, soit sous la forme d'un complément de prix début 2016. Dans tous les cas, même avec 355 EUR, on reste sur des niveaux de valorisation trop faibles pour des démarches AOP !», tranche le producteur cantalien.

Parallèlement, la section AOP régionale milite pour la fin du décalage encore en vigueur dans certaines entreprises pour le versement du complément de prix AOP. «On demande un paiement au mois le mois», expose Michel Lacoste. «Depuis juillet, c'est le cas chez Thuaire, qui résorbera son retard antérieur en fin d'année 2015. Dischamp a été le premier opérateur à réduire de cinq à trois mois ce décalage ; Sodiaal devrait pour sa part annoncer dans les prochains jours un rattrapage de trois mois sur fin 2015 et de trois mois également sur le premier semestre 2016...», liste le responsable professionnel avant de se tourner vers le dernier opérateur de la filière, et non des moindres : «On espère que Lactalis va rejoindre le mouvement au plus vite pour ramener de la trésorerie aux producteurs qui en ont bien besoin en ce moment et pour arriver à une fiche de paie du lait plus lisible».

Autre revendication : porter la valorisation du lait AOP pour la filière bleu d'Auvergne au même niveau que celui des autres AOP de la région, compte tenu «de la sortie imminente du nouveau cahier des charges de cette appellation». Actuellement, le prix AOP bleu est majoré de 4 EUR seulement, avec un bon point là encore pour la société Thuaire qui l'a déjà porté à 10 EUR/1 000 litres.

Message aux industriels

Chaque entreprise semble donc avancer à son rythme, loin de la stratégie globalement uniforme que permettait jadis le Criel. «Mais le constat, c'est que tous avancent quand même, souligne Michel Lacoste qui veut voir le verre à moitié plein. Il n'y a qu'à regarder le différentiel de prix avec le lait conventionnel(1)...»

Pour autant, pas question de baisser le pavillon des attentes : «Si on veut garder des producteurs pour ces démarches AOP, dans une période difficile comme celle que nous vivons et qui risque de se prolonger début 2016, on a besoin de signes forts de la part des entreprises», lance-t-il.

De la part des entreprises, mais aussi des distributeurs que les producteurs ont rencontré ces dernières semaines. Avec un message : revaloriser de 3 % les tarifs des fromages AOP d'Auvergne en 2016. Une revalorisation que la section AOP appelle bien évidemment les transformateurs à répercuter sur la fiche de paie des producteurs.

 

(1) Le prix du lait de base standard ne devrait pas dépasser 320 EUR/1 000 l sur 2015.

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