L'Auvergne Agricole 10 novembre 2015 à 08h00 | Par Hélèna Nowakowski

Sans amélioration concrète, le glas de l’agriculture sonnera

Le 9 novembre dernier, les céréaliers ont interpelé le Préfet via sa visite d’exploitation du Gaec Gueguen à Lachaux, pour mesurer la gravité d’une crise multifactorielle.

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A l’appel de la Fnsea et JA 63, une soixantaine d’agriculteurs accompagnait la visite du Préfet, Michel Fuzeau, sur l’exploitation de Bruno Guegen.
A l’appel de la Fnsea et JA 63, une soixantaine d’agriculteurs accompagnait la visite du Préfet, Michel Fuzeau, sur l’exploitation de Bruno Guegen. - © Héléna Nowakowski

Quoi de mieux qu’une visite sur le terrain, au cœur d’une exploitation céréalière et viticole pour rencontrer les responsables professionnels et échanger sur les difficultés qu’ils rencontrent. Le Préfet, Michel Fuzeau a rencontré une soixantaine de producteurs de céréales et grandes cultures qui attendaient, de pied ferme, des solutions concrètes et efficaces pour résoudre leurs problèmes.

Le ton est donné d’entrée de jeu, la situation n’est plus tenable, les agriculteurs tirent une fois de plus la sonnette d’alarme. « Vingt pour cent des exploitations ont un revenu annuel inférieur à 4000€ » annonce Christian Peyronny, Président de la Fnsea 63 et « les installations sont deux fois moins nombreuses en 2015 qu’en 2014 » précise Marion Vedel, présidente de JA 63. «Il est difficile d’installer des jeunes en grandes cultures dans une société où l’on fait l’apanage du bio et de la vente directe. Si on ne veut plus de nos produits, qu’on nous le dise et on arrêtera.» Toutes les préoccupations actuelles sont passées en revue et le Préfet est interpelé pour apporter des réponses. Une fois de plus, il faudra faire sans solutions concrètes malgré une bonne volonté de soutenir la profession.

 

Irrigation

Le représentant de l’État reconnaît l’absolue nécessité de développer l’irrigation dans le département pour assurer la production. Il s’est dit volontaire pour travailler sur le sujet à la demande des agriculteurs.

Environnement

La cartographie des cours d’eau est en cours d’élaboration et la tâche n’est pas aisée. Pour l’instant, cela n’a pas d’impact sur les cultures en cours et l’harmonisation avec les BCAE par exemple, se fera lorsque la cartographie sera réalisée. L’accent a été mis sur les contrôles.

Claude Raynaud, président de la section céréales de la Fnsea 63, explique «que malgré la meilleure volonté, il est quasiment impossible de n’avoir aucune anomalie que ce soit pour les contrôles PAC ou Directe nitrate». La profession rappelle qu’elle travaille avec du vivant et que cela ne rentre pas forcément dans les cases administratives.

Le Préfet s’est montré étonné qu’il y ait déjà des contrôles, les agriculteurs, eux, les vivent mal.

Plan de soutien

Vu la situation critique dans laquelle se trouvent beaucoup de structures, Michel Fuzeau est conscient que le Plan de soutien pourrait également s’appliquer aux céréaliers. Il avoue ne pas avoir la main sur le sujet mais promet de faire remonter au Ministère les doléances départementales. Pour Marion Vedel, « l’État continue d’entretenir la “guerre” entre les productions ».

A L’ORDRE DU JOUR...

La profession fait le point sur différents dossiers

Rendements en nette baisse

Le verdict est tombé depuis quelques temps maintenant, principalement en Limagne Sud, les rendements ne sont pas au rendez-vous. En 2014 les récoltes ont été pour beaucoup déclassées des suites de l’excès d’eau et cette année c’est la sècheresse qui a fait chuter les rendements. Plusieurs années consécutives où les aléas climatiques ont des conséquences directes et préjudiciables sur le coût de revient à l’hectare des céréales. Ailleurs en France et en Europe, les rendements sont plutôt bons ce qui induit une baisse des prix. Le cocktail mauvais rendements-prix en baisse malmène fortement les trésoreries des exploitations de Limagne. Les aides prévues par le FAC(1) permettraient de soulager temporairement quelques structures.

 

Irrigation : une réelle solution de développement

Si on ne peut pas faire la pluie et le beau temps, une solution existe pourtant pour sécuriser les productions : l’irrigation. Les agriculteurs savent maîtriser l’eau, il faut leur donner la possibilité de le faire. Les résultats des récoltes parlent d’eux-mêmes entre les cultures sèches et les cultures irriguées. Aujourd’hui, le matériel d’irrigation a évolué ainsi que les techniques (retenues collinaires) et la profession est encline, notamment via le Syndicat des irrigants indi- viduels, à se mettre autour de la table et à travailler dans la mise en place de systèmes permettant au plus grand nombre d’agriculteurs de bénéficier de l’apport hydrique. Il manque aujourd’hui une véritable volonté politique de faire un plan d’irrigation associé à un aménagement foncier.

 

Foncier agricole : une ressource à préserver

Cela semble une évidence, la terre est le premier outil de travail agricole et pourtant… Encore trop d’hectares sont bétonnés, sacrifiés sur l’autel de l’urbanisation. Le monde agricole doit être consulté et écouté avant tout nouveau projet afin de ne pas gaspiller de nouvelles terres alors que des friches industrielles perdurent. Les responsables professionnels veulent faire prendre conscience du potentiel agronomique des terres de Limagne et de la diversité des productions. D’elles dépend la viabilité de toute une filière et de plusieurs entreprises locales employeuses de main d’œuvre sur le territoire. Les agriculteurs doivent pouvoir travailler sereinement et avoir une vision sur le long terme sans craindre que les terres ne leur soient spoliées. Dans les conditions d’insécurité actuelles en zone périurbaine, comment envisager de transmettre leur entreprise dans des conditions viables et vivables.

 

Halte aux contraintes

La section céréales de la Fnsea 63 et le groupe céréales de JA 63 maintiennent la pression pour que l’empilement de contraintes administratives et environnementales cesse. Les producteurs savent travailler et respectent les règles. Malheureusement, la gestion environnementale n’est pas globale et l’agriculture est encore stigmatisée alors que de réels efforts sont faits. « A l’impossible nul n’est tenu » et c’est encore plus vrai lorsque l’on travaille avec du vivant.

(1) Fonds d’allègement des charges

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