L'Auvergne Agricole 31 juillet 2014 à 08h00 | Par C.Rolle

« Une moisson d’été 2014 à oublier »

Année médiocre et préoccupante pour les producteurs de blé puydômois qui vont devoir conjuguer avec une récolte de faible qualité et des prix à la production en baisse.

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Situation inédite pour le blé dont la majorité a germé sur pied en raison des très mauvaises conditions climatiques.
Situation inédite pour le blé dont la majorité a germé sur pied en raison des très mauvaises conditions climatiques. - © C. Rolle

L’année 2014 ne restera pas dans les annales de récoltes de blé, loin s’en faut ! La faute au climat particulièrement difficile ces derniers mois. Les céréales ont été malmenées par un temps très sec au printemps et des pluies diluviennes de ces dernières semaines. Mûris précocement, les blés n’ont pas pu être récoltés à temps et ont germé sur pied.

 

Du rendement sans qualité

C’est donc une moisson particulièrement délicate à gérer qui a débuté dans les terres du Puy-de-Dôme. Si les rendements semblent au rendez-vous, la qualité est au centre des préoccupations des agriculteurs et organismes stockeurs. En effet, selon les secteurs, près de 80% de la production de blé devrait être déclassée. Le retour intense des pluies depuis la fin juin a impacté fortement les qualités technologiques des blés (poids spécifiques, taux de protéines très irrégulier, temps de chute d’Hagberg faibles). Il a suffi d’une semaine de précipitations sur du blé pas super mûr pour que la qualité parte de travers.

 

Des prix à la baisse

Les conséquences de cette perte qualitative du blé sont importantes pour les producteurs du département qui, en plus d’un prix déclassé, vont devoir conjuguer avec une dégradation des prix du blé à la production. En effet, selon une note diffusée à l’issue de son dernier Conseil céréales, FranceAgriMer a présenté l’évolution des prix des céréales payés aux producteurs en juin. Il s’agit des prix « fermes » et non de prix d’acompte, résultant de constat dans différentes régions céréalières. Le dernier mois de la campagne, juin, a été caractérisé par une forte dégradation des prix du blé, à la production, avec une moyenne de 170 €/t contre 201 € en juin 2013. C’est le plus bas étiage constaté en fin de campagne depuis trois ans. La décote moyenne du prix du blé tendre est de 24 % sur la période, de 18 % sur deux ans et de 16 % sur un an. Au cours du seul mois de juin, le prix du blé payé au producteur a perdu 11 €.

 

Résistance du blé dur

Le blé dur fait figure d’exception selon FranceAgriMer, retrouvant en juin dernier un niveau légèrement supérieur à celui de l’an dernier : 229 € contre 226 €. Cette résistance des prix du blé dur est due à la modicité des disponibilités, la collecte 2103/2014 étant estimée à 1,8 Mt, 22 % de moins qu’en 2012/2013. Le maintien du prix ne doit pas cacher la perte de recette générée par la baisse des volumes vendus. La situation du marché du blé dur pour la nouvelle campagne est déjà très tendue : elle commence en effet avec un stock de report insignifiant, 9 000 t et les estimations de récolte se situent en baisse de près de 20 % sur 2013/2014.

Globalement, si l’on considère les prix de marché des céréales enregistrés durant la première quinzaine de juillet, on peut craindre que la tendance baissière ne s’aggrave.

 

- © Udsea 63

Mathieu Trillon, responsable du groupe céréales à JA 63

« Les années ne se ressemblent vraiment pas en agriculture. Et si l’an dernier les blés ont été de bonne qualité ce n’est pas le cas pour cette campagne. Près de 80 % des blés de consommation ont été déclassés. La pluie est en grande partie responsable de cet évènement. Et il reste encore près de 10 % de blé non moissonné, arrosé chaque jour par des millimètres d’eau, qui s’abime. Ce qui est dommage c’est que les rendements sont corrects cette année.

La conséquence : les blés seront payés 20 à 30 % moins cher que le blé panifiable de bonne qualité. En comparaison du travail fourni, traitement des parcelles contre la rouille jaune, apport d’azote, du temps passé à s’occuper des cultures, les céréaliers ne sont pas récompensés. Et le comble, c’est qu’il a fallu irriguer les cultures en avril par manque d’eau… Le blé semence, quant à lui, ne germera pas deux fois. Le moral des exploitants en prend un coup et ils sont tous un peu tendus. Il faut espérer que le peu de blé de bonne qualité, soit rémunéré à un prix revalorisé. Mais ne croyons pas trop aux miracles, le prix mondial évoluant à la baisse… Des questions se posent aussi pour la filière des blés panifiables. Où trouver des blés panifiables de bonne qualité qui permettront d’assurer la continuité de cette filière et surtout que faire de ces blés déclassés ?

Les agriculteurs sont tributaires du temps. Dès qu’il y a un incident climatique, tout leur travail est remis en cause. Une bonne année, comme celle de l’an passé pourrait permettre de combler la mauvaise qui se profile à l’horizon, mais les bonnes années sont mises à mal par une fiscalité non adaptée à la profession et à une PAC toujours plus punitive quand ça l’arrange, avec des chiffres sortis de nul part.

Il faut compter sur une arrière-saison plus favorable pour les maïs et les betteraves, qui soit dit en passant, sont favorisés par toute la pluie qui tombe en ce moment…Mais, la sérénité reviendra quand tout sera récolté, ne tirons pas de plan sur la comète. »

Propos recueillis par E. Chantegrel

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